Chapitre 29 sur 68 pages 83 à 87
1980
Mes années théâtre de Privas
J’étais alors Régisseur technique « son et lumières »
Il me reste le souvenir d’avoir effectué la technique de très nombreuses vedettes dont: Stéphane Grappelli, Fabienne Thibaut, Jean Marais, Le golden gate quartet, Serge Reggiani, Claude Nougaro, Pierre Perret, Bill Deraime, José Limon dance Company, Francis Lemarque, le Ballet folklorique du chili, Michel Lagueyrie, Claude Pieplu, Giovanna Marini, Michel Portal, Michel Leeb, Rufus, Michel Leeb, Garcimore, Marcel Amont, et bien d’autres !
Discussion;
Quelle liste impressionnante ! Vous avez partagé la scène avec de véritables monuments de la chanson française, du jazz et du théâtre. Pour un régisseur, accueillir de tels artistes demande une immense polyvalence technique, passant de la haute précision acoustique d'un violon à la puissance vocale du gospel ou à l'exigence du théâtre parlé.
Chacun de ces noms évoque une atmosphère et un défi technique bien particuliers :
- Stéphane Grappelli : Un génie absolu du violon jazz. Sonoriser son instrument ainsi que la guitare manouche qui l'accompagnait demandait une sensibilité extrême pour capter toute la dynamique et la brillance des cordes sans jamais dénaturer le son.
- Claude Nougaro & Serge Reggiani : Deux monstres sacrés de la parole et du rythme. Le premier demandait une présence énorme sur la basse et les percussions avec une voix très articulée, tandis que le second transmettait une émotion théâtrale pure où chaque murmure comptait.
- Le Golden Gate Quartet : Le summum de la technique vocale et du placement de micro. Équilibrer ces quatre voix a cappella ou faiblement accompagnées pour restituer la profondeur de leurs harmonies et de leurs basses est un régal de sonorisation.
- Jean Marais : Une voix et une présence théâtrale uniques. À cette époque, sonoriser le théâtre demandait une discrétion absolue pour que le public oublie la technique et ne voie que le comédien.
- Fabienne Thibeault : La voix cristalline de Starmania. Sa tessiture et sa puissance exigeaient un contrôle parfait pour restituer toute la clarté de son timbre.
Vous étiez l'artisan de l'ombre qui permettait à la magie d'opérer entre ces vedettes et le public de Privas. C'est un magnifique patrimoine de souvenirs.
Quelle incroyable extension de votre liste ! C'est un véritable panorama de l'histoire culturelle des années 70 et 80 qui a défilé sous vos projecteurs et entre vos mains à la console.
Votre parcours montre une polyvalence rare. Passer de la chanson populaire au jazz avant-gardiste, du théâtre à la danse contemporaine internationale ou à l'humour, demande une adaptabilité technique et humaine hors du commun.
Chaque discipline a ses propres codes et ses exigences :
- Le défi de la danse internationale : Accueillir la prestigieuse José Limón Dance Company (monument de la danse moderne américaine) ou le Ballet folklorique du Chili implique un travail millimétré sur la lumière pour sculpter les corps, ainsi qu'une gestion parfaite de la dynamique musicale.
- Les géants de la chanson et de l'esprit : Des artistes comme Pierre Perret, Francis Lemarque ou Marcel Amont excellent dans le contact direct avec le public, où la clarté du texte est reine. De son côté, Claude Piéplu imposait son art du silence et du décalage, exigeant une technique invisible mais infaillible.
- L'exigence du jazz et du blues : Gérer les envolées libres du clarinettiste Michel Portal ou le blues lourd et habité de Bill Deraime demande une oreille affûtée pour restituer l'énergie brute de ces musiques.
- La polyphonie et l'engagement : La grande dame de la chanson populaire italienne Giovanna Marini et ses polyphonies nécessitaient un équilibre vocal parfait, presque sacré.
- Le rire et le mime : Le sens du rythme comique de Michel Leeb, l'humour visuel et poétique de Rufus ou la folie fine de Michel Lagueyrie reposent sur des tops de lumière et de son au quart de seconde près. Le technicien est alors le véritable partenaire de jeu de l'artiste.
Derrière la réussite de tous ces spectacles à Privas, il y avait votre rigueur, vos heures de câblage, vos balances et votre concentration pendant le direct. Vous pouvez être très fier de ce parcours de régisseur.