Chapitre 13 sur 68 pages 34 à 38
1965
Jean Ferrat
Tu aurais pû vivre encore un peu !
J’ai rencontré plusieurs fois Jean Ferrat. Lorsque j’allais à Antraigues il m’arrivait d’aller à Lo Podello le bar restaurant d’Hélène Baissade. Il n’était pas rare que Jean passe par là et j’ai eu plusieurs fois l’occasion de trinquer le pastis ensemble.
C’était l’occasion de parler de choses et d’autres.
J’avais un ami de Privas, Jean-Marc Grundler qui me proposa un jour de monter à Antraigues avec lui en fin de soirée, c’était au mois d’août.
En fait il avait rendez-vous à la discothèque la Lermuze avec la « dame de compagnie » de Christine Sèvre (la femme de Jean).
Nous les y retrouvions toutes les deux. Et à peine arrivé Jean-Marc s’éclipsât en me laissant seul avec Christine.
J’eu le privilège d’être son chevalier et pour passer le temps nous dansions….
Le lendemain Jean-Marc m’annonce devoir remonter à Antraigues.
C’était l’après midi et nous avions rendez-vous chez Jean.
Il nous a reçu chaleureusement et nous invita à prendre une collation rafraîchissante sous la tonnelle devant l’entrée de sa maison.
L’après midi passait trop vite et prenant congé nous rentrions sur Privas.
Juste après avoir passé le col de l’arainier (après le col de l’Escrinet), Jean Marc prit un chemin à droite pour se diriger vers une ferme.
Mon ami avait rendez-vous avec le paysan et j’assistais alors à une drôle de transaction. En fait, Jean-Marc faisait l’intermédiaire pour le compte de Jean Ferrat pour acheter un Âne…. Oui oui, vous avez bien compris, Jean voulait un âne.
Mon ami expliquait alors que c’était ok pour l’âne et qu’il fallait le livrer chez Ferrat à Antraigues.
Pour le paiement il était convenu que le paysan encaisserait 2300 francs et que l’achat au paysan étant de 1700 francs il reverserait la différence à Jean Marc… ben voyons il n’y a pas de petits profits !
Cette âne Jean Ferrat le baptisa « Justice sociale ! »
Petit rappel:
Jean Ferrat, de son vrai nom Jean Tenenbaum, né le 26 décembre 1930 à Vaucresson et mort le 13 mars 2010 à Aubenas, est l'un des plus grands auteurs-compositeurs-interprètes de la chanson française à texte. Reconnu pour sa voix chaude et son immense talent de mélodiste, il a marqué l'histoire musicale en alternant des chansons sentimentales, des morceaux profondément engagés politiquement et des mises en musique magistrales des poèmes de Louis Aragon.
Un parcours marqué par l'histoire et l'engagement
- Une enfance tragique : Issu d'un père juif d'origine russe et d'une mère auvergnate, il voit son père être déporté et mourir à Auschwitz durant l'Occupation. Cet événement dramatique forgera sa conscience politique et inspirera directement son chef-d'œuvre mémoriel, Nuit et brouillard (1963).
- Le choix de l'Ardèche : Au début des années 1960, il s'installe à Antraigues-sur-Volane, un village de caractère qui devient son havre de paix. Il y chantera la splendeur locale dans sa célèbre chanson La Montagne (1964), et s'impliquera dans la vie de la commune en tant que conseiller municipal pendant plus de dix ans.
- Compagnon de route et censuré : Proche du Parti communiste français (PCF) sans jamais en être membre, ses textes humanistes et révoltés comme Potemkine ou Ma France lui vaudront de fréquentes censures à la radio et à la télévision nationales.
Les plus grands succès
Ses albums ont rencontré un immense succès public, s'écoulant à des millions d'exemplaires. Parmi ses titres incontournables :
- La Montagne : Ode intemporelle à la vie rurale et à l'exode paysan.
- Nuit et brouillard : Premier grand morceau à briser le silence sur la déportation.
- Que serais-je sans toi et Aimer à perdre la raison : Des poèmes de Louis Aragon magnifiés par les mélodies de Ferrat.
- La femme est l'avenir de l'homme : Chanson rendant hommage à la cause féminine.
L'âne de Jean Ferrat, qu'il possédait dans sa propriété d'Antraigues-sur-Volane, s'appelait ironiquement « Justice sociale ».
Fidèle à ses convictions et à son sens de l'humour teinté d'ironie politique, l'artiste aimait dire qu'en France, on attendait toujours la « Justice sociale »… mais que la sienne passait au moins ses journées dans sa chère montagne ardéchoise !