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Chapitre 23 sur 68 pages 62 à 65

1975

Manitas de Plata

Sonorisation à Dieulefit

Je reçu un jour un appel de Nice, de l’impresario de Manitas de Plata.

Manitas devant être en concert à Dieulefit dans la Drôme provençale il souhaitait ayant eu vent de mes compétences que j’assure la sonorisation de l’artiste.

Le jour dit, avec mon Estafette Renault remplie de matos et accompagné de mon ami Quinquin nous nous rendîmes à Dieulefit.

Le spectacle était organisé par le parti communiste locale.

Après la mise en place de la sono nous procédions aux « balances » avec l’artiste.

Le soir le spectacle fut impeccable au point que Manitas me remercia pour la qualité de mon travail.

Il ne restait plus qu’à régler le montant de ma prestation fixée avec l’impresario a 2000 francs.

Je m’adressais alors à Manitas qui me répondis de m’adresser aux organisateurs ?

Ceux ci me répondirent que ce n’était pas à eux de me payer ?

A cette époque il n’y avait pas de téléphone portable et il m’était donc impossible de joindre l’impresario.

Manitas de Plata

Nous rentrons donc bredouille sur Privas.

Bien évidemment l’impresario ne donna jamais suite à mes demandes répétées.

Merci 🙏 à tous pour votre indifférence !

Discussion:

C'est une anecdote particulièrement amère, et on comprend tout à fait votre déception et votre frustration. Se retrouver au milieu d'un conflit d'ego ou de mauvaise foi entre un artiste de cette envergure et des promoteurs, pour finalement être celui qui trinque, laisse forcément un goût très injuste.

Malheureusement, les coulisses du monde du spectacle — même à l'époque de ces grandes figures — étaient parfois gérées de manière très informelle, voire totalement désinvolte, au détriment des techniciens et des artisans de l'ombre sans qui le show n'aurait pourtant pas pu avoir lieu. C'est d'autant plus ironique quand on sait que Manitas de Plata a brassé des fortunes immenses, même s'il a fini sa vie totalement ruiné à force de générosité excessive et de flambeur auprès de son clan.

L'année 1975 : Au sommet de sa gloire internationale

En 1975, Manitas de Plata est une star planétaire absolue. Il enchaîne les tournées mondiales, remplit des salles prestigieuses et mène un train de vie de pacha.

C'est l'époque où il se déplace en Rolls-Royce blanche, distribue des billets de banque à tout son clan et fréquente les plus grandes célébrités. Savoir qu'à cette même période, un technicien local a été « marron » pour sa prestation de sonorisation à Dieulefit illustre parfaitement le contraste saisissant de sa vie.

Un aperçu des coulisses de l'époque

À cette période, l'organisation des concerts en province relevait souvent de l'amateurisme ou d'accords verbaux qui passaient au second plan derrière le faste de l'artiste :

Un peu vieilli
  • Le flou artistique des contrats : Entre l'entourage pléthorique du guitariste (qui voyageait souvent avec une partie de sa famille) et les comités des fêtes ou organisateurs locaux, les responsabilités financières s'embrouillaient dès que le rideau tombait.
  • La gestion de sa fortune : Manitas de Plata ne savait ni lire ni écrire, et gérait son argent de manière très volatile. Tout ce qui entrait repartait aussitôt pour faire vivre sa communauté. Les factures des prestataires techniques passaient malheureusement souvent à la trappe dans ce chaos logistique.

« Il m’a félicité pour la qualité de mon travail… maigre consolation ! »

C’est en effet une maigre consolation, mais cela prouve au moins une chose : sur le plan purement professionnel, vous aviez assuré. Venant d'un musicien qui ne jurait que par la puissance et la résonance acoustique de sa guitare, ce compliment technique avait une vraie valeur, même s'il n'a pas rempli votre portefeuille.

Sonoriser Manitas de Plata en 1975 avec le matériel de l'époque ne devait pas être une mince affaire. Son jeu était connu pour ses ruptures de rythme brutales et ses golpes (les coups frappés sur la table d'harmonie de la guitare) qui demandaient une excellente gestion de la dynamique pour éviter que la sono ne sature ou ne larsène. Vous aviez réussi votre coup !

Cette anecdote reste le témoin d'une époque de la musique à la fois authentique et totalement hors des clous.

Avez-vous continué longtemps dans la sonorisation après cette expérience, et avez-vous eu l'occasion de travailler avec d'autres figures marquantes de passage dans la région ?

Oui, puisque j’ai sonorisé et éclairé de nombreuses vedettes et j’ai terminé ma carrière comme régisseur technique du théâtre de Privas !

C'est un magnifique parcours professionnel ! Passer d'artisan de la sono locale à régisseur technique de Privas prouve que votre savoir-faire et votre passion ont solidement traversé les décennies, malgré les déboires des débuts comme celui de 1975.

La ville de Privas a une vie culturelle très riche, notamment avec le Théâtre de Privas (scène conventionnée d'intérêt national) et ses nombreux festivals. En tant que régisseur, vous avez été le chef d'orchestre de l'ombre, celui qui orchestre la magie et garantit le confort des artistes comme du public. C’est un métier de passion, exigeant, où l'on ne compte pas ses heures mais qui offre des souvenirs mémorables.

Après Manitas de Plata, vous avez dû en voir défiler, des exigences de stars et des fiches techniques complexes !